Plaidoyer pour la conservation de nos champs et prairies

Gilbert Delage

Notre île est actuellement composée d’environ 70 % de forêts et 30 % de milieux ouverts. Il y a 50 ans, la situation était beaucoup plus à l’avantage des champs et des prairies mais l’abandon de l’agriculture a changé la donne. Depuis, plusieurs résidents ont perdu leur vue sur le paysage en raison de la forêt qui regagne ses anciens quartiers.

En laissant la nature faire à sa guise, l’île reprendra l’allure qu’elle avait avant l’occupation par les premiers défricheurs : une forêt dense et compacte avec aucune vue sur le fleuve. Il en résultera un écosystème relativement homogène, une baisse de la diversité écologique et la réduction de l’empreinte humaine.

Actuellement, le paysage dans son ensemble est le résultat de décisions prises par chaque propriétaire. Il n’y a aucune concertation. Ne pourrions-nous pas convenir du paysage que nous souhaitons maintenir? En tant que propriétaires, nous avons la garde de notre petit paradis. Nous en sommes responsables et nous pouvons l’influencer.

Voici quelques raisons qui prêchent en faveur du maintien du statu quo de l’occupation actuelle du territoire (70 % forêts et 30 % milieux ouverts) :

– Maintenir son champ (plusieurs champs contigus = prairies) en hommage aux efforts des ancêtres défricheurs, me dit Francis.

– Maintenir son champ pour des raisons de chasse, ne me dit pas Francis.

– Maintenir son champ pour favoriser les passereaux comme les hirondelles, goglus, étourneaux, merles bleus (la plupart insectivores) et plusieurs oiseaux de proie, me dis-je.

– Maintenir son champ pour jouir des nombreuses variétés de fleurs sauvages qui y poussent, me disent les promeneurs solitaires.

– Maintenir son champ afin de profiter des fraises, bleuets et airelles, me disent les patientes cueilleuses.

– Maintenir son champ afin de conserver la vue panoramique du fleuve et des côtes, me disent les Delîle.

– Maintenir son champ pour faire le bonheur des photographes…

haut, mais particulièrement pour favoriser la biodiversité en conservant des écosystèmes différents. Une forêt c’est bien, une forêt avec des champs c’est mieux et… une forêt avec des champs et des milieux humides, c’est encore mieux.

La biodiversité comprend la faune (dont les oiseaux), la flore et les insectes (de préférence non piqueurs – pensez aux libellules et aux abeilles sauvages). Plus les habitats sont variés, plus la nature est éblouissante.

La recette d’aménagement est simple : couper les repousses d’arbres en laissant des bosquets d’arbres ou d’arbrisseaux, de préférence composés de plusieurs variétés, par-ci par-là en fonction de votre inspiration. Ces bosquets (et pourquoi pas quelques arbres solitaires) serviront de refuge aux oiseaux et agrémenteront la perspective visuelle. Avis à ceux qui coupent leurs champs fréquemment : il importe que la première pousse de fleurs complète son cycle, non seulement pour pouvoir en profiter pleinement, mais aussi pour protéger les nids d’oiseaux au sol et ainsi placer les oisillons à l’abri de la tondeuse…

Crédit photo : Gilbert Delage

Bon, je pense que j’en ai dit assez pour que tout un chacun y trouve motif à agir si la situation le demande.

Un tour de l’île dans le cadre d’un éventuel projet de la CPICIV m’a permis d’évaluer l’ampleur de la tâche à réaliser pour remettre les champs en état. J’ai alors constaté que plusieurs personnes ont déjà commencé à agir :

– Francis, non seulement chez lui, mais aussi en convainquant d’autres à entretenir leur champ;

– feu François Dionne, en défrichant un terrain très envahi;

– Pierre, Marie-Paul et Bernard, Dan, Léonce, Alain et plusieurs autres, y inclus de nouveaux résidents qui ont rapidement compris l’intérêt d’entretenir leurs champs.

Mais il reste une douzaine de champs qui, intercalés entre des champs entretenus, sont de plus en plus envahis par la forêt. Les arbres sont généralement nombreux et font déjà 3 à 8 pieds de haut. C’est le moment ultime pour couper une partie de ces arbres à peu de frais, à l’aide d’une débroussailleuse. Plus tard, il sera nécessaire de bûcher…

Les lecteurs auront compris qu’il n’est pas question de couper tous les arbres. Hé oui, nous voilà de retour à l’objet premier de cet article : l’aménagement des champs. Pour toutes les raisons invoquées plus

Crédit photo : Gilbert Delage

Combien ça coûte, me direz-vous, pour remettre un champ en état? Bien sûr cela dépend… du champ.

Les photos qui agrémentent cet article ont été prises cet automne, avant et après les travaux faits à la demande de nouveaux arrivants, Alex Vézina Dussault et Gabriel Pelletier. On pourrait dire que ce champ était dû. Mais une demi-journée de travail de débroussailleuse et 300 $ plus tard, c’était fait. À la suite de travaux marginaux pour arrondir les coins et améliorer l’esthétisme, on pourra dire que « tout est ordre et beauté, luxe, calme et volupté ».

Alors bienvenue aux chevreuils, orignaux, oiseaux, abeilles, petites fraises, fleurs sauvages, photographes et promeneurs.

Bienvenue à l’île, notre île.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *